Lorsque le «citoyen d"honneur » de la cité d’Arakeen accosta dans le port, ils n’étaient pas nombreux les habitants, à venir saluer son arrivée. Le viking ne leur en voulait aucunement.
Beaucoup étaient nouveaux et n’avaient pas connu les affres et la malédiction dus à la chute de Santa Frost. Ils ne le connaissaient que de réputation, à vrai dire.
Néanmoins, le viking sentait toujours et inlassablement qu’un certain esprit frostie perdurait malgré tout, et quel qu’en fut le lieu, l’endroit et les circonstances.
Les rares résidents de la cité portuo-minière venus admirer le drakkar à quai semblaient intrigués, épouvantés, voire étonnés.
Qui était donc ce grand fort et grisonnant type barbu et casqué, hurlant à tout vat ?
Erik le Rouge finalisait les manœuvres d’accostage, Vimir et Chaospher, exécutaient presque mécaniquement les ordres entendus. Ce dernier semblait malgré tout moins stressé que ses deux compagnons : sans doute, le fait de remettre pied à terre lui procurait déjà mille plaisirs et sensations que la plus expérimentée des filles de joie n’aurait su lui procurer à cet instant précis !
Le drakkar fut finalement convenablement arrimé à quai. Là, Erik reconnut immédiatement son vieil ami Undead, qui semblait (comme il avait cru le percevoir et l’imaginer depuis pas mal de lunes) à demi muet … La gestion de son «robot » en était-elle une des raisons ?
Juste derrière lui, se tenaient les deux piliers de la communauté :Black Angel et Athanadoc.
A l’égard du premier, le viking salua presque militairement le responsable d’Arakeen ; pour le second, il se contenta d’une grimace en brandissant un vieux briquet au parfum iodé :
« Je te ramène ton bien, corne de bouc ! » Vociféra Erik.
Vimir esquissa un sourire tandis que Chaospher semblait touché par la grâce d’Odin, tellement son visage respirait le calme, la plénitude et le bonheur. Oui, ces deux hommes, finalement, étaient forgés dans le même moule que lui : ex résistants anti bolcheviks, ex frosties historiques, désireux d’aller plus loin qu’aucun homme n’eut jamais été, là bas au Nord, afin de découvrir de nouveaux horizons, de nouvelles vies, recommencer autre chose ?
Et à la première menace annoncée (fut-elle d’ailleurs jamais fondée ?), ils revenaient illico presto aider leurs frères et sœurs d’Arakeen…
Certes, même si cette décision n’était que provisoire, tous trois étaient bien heureux de retrouver leurs amis, de venir les booster dans la mesure de leurs compétences et possibilités, d’apporter une petite pierre à ce maigre édifice qui ne demandait qu’à grandir dans ce Sud tellement aimé, apprécié et, hélas, ravagé. Oui, ce Sud dont ils étaient, pour beaucoup issus, ne devait aucunement être laissé aux chiens et aux vautours, fussent-ils népharites dn’s ou autres !
Sponge Bob se tenait à l’écart ; pour une fois, elle ne semblait vouloir voler la vedette à aucun habitant d’Arakeen.
D’autres visages apparaissaient devant le regard bleu azur miroitant du viking ; il reconnut celui de Meltorn…
Le viking avait su pour Firecred. Firecred, mon vieux frère d’arme, le dernier survivant de l’époque qui m’avait accueilli dans ce Sud.
Il savait aussi que Veuve avait fui dans le désert sans aucune réserve………
Il connaissait assez bien les idées et opinions de la jeune femme. Il avait, jadis, apprécié son investissement à Santa Frost, ses prises de position, ses espoirs déçus, aussi. Elle était toujours égale à elle-même, cachant ses émotions et restant de marbre. Droite comme un I, et maintenant seule entre les dunes à se laisser mourir parce que son compagnon n’était plus là., comme une statue, une spectatrice humble et respectueuse désireuse d’en finir à sa façon...
Ils étaient de plus en plus nombreux, les habitants d’Arakeen, à rejoindre le petit port pour voir le viking.
Erik s’esquiva un instant et alla ranger son testament au fond de son coffre.
« C"est sans doute trop tôt encore pour divulguer ce papier là » songea-t-il.
Il esquissa un sourire.
Corne de bouc ! Que m’arrive-t-il donc ?
Plus je vieillis, plus je deviens crémeux, sentimental, je fonds comme neige au soleil.
Tiens, en parlant de neige, je sens l’hiver approcher rapidement. N’en déplaisent aux météorologues fractaliens ! Il sera précoce, celui-là !
Vimir et Chaospher étaient déjà descendus à quai, embrassant tous les hotes.
Le viking contempla un instant le drakkar flambant neuf : c’est vrai que les artisans de nouvelle Dombass avaient fait un sacré boulot…
Il faudrait qu’il leur raconte combien ces gens là, là bas, étaient humbles, généreux à foison et aussi dingues que le furent certains d’entre nous à une époque…
Tandis qu’il vérifiait une ultime fois que le drakkar était convenablement arrimé au quai d’Arakeen, il aperçut un campeur qui ne lui était pas inconnu : Dagoth, commerçant ambulant et maritime à ses heures perdues.
« Tiens, tiens. »
Erik attrapa son coffre personnel, s’assura que l’arc tenait correctement dans son dos, jeta un œil à sa ceinture ou pendait son flingue, fit une moue un peu curieuse pour ne pas dire énigmatique et sauta (lestement) sur le quai.
ERIK LE ROUGE
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Mais il est une chose
Qui jamais ne meurt,
La réputation que, bonne,
l’on s’est acquise.